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Dans la tête des pirates – Roman

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Extraits

Extraits – le réveil somalien

Nazir se redressa péniblement. Ses articulations lui faisaient mal. Il touchait d’une main hésitante sa peau capitonnée par ce terrain hostile. Une fois encore, il avait passé la nuit sur une simple natte tressée. (…)

Les litières étaient disposées les unes contre les autres. À l’inconfort du sol s’ajoutait le reste. Tout ce que pouvait amener une vie en communauté dans cette épaisse promiscuité. L’air était poisseux, chargé des effluves nocturnes de ces hommes mélangés à la chaleur déjà matinale de l’atmosphère. Nazir avait besoin d’air. Il commençait à suffoquer dans cette atmosphère saturée. Les premiers rayons du soleil pénétraient déjà franchement par la maigre ouverture faite sommairement dans le mur de la maison. Il se redressa, enfilant ses sandales de cuir, prenant soin de ne pas bousculer ceux qui dormaient encore. Lui avait dormi tout habillé, non pas pour avoir chaud ; la chaleur de tous ces corps alentour suffisait, mais par habitude. La nuit n’était pas un rituel ici, pas un moment que l’on sacralisait, où l’on se couchait propre dans un lit de soie et si on était chanceux au côté de quelqu’un qu’on aimait. Ici, ce n’était qu’une coupure obscure pour assouvir un besoin physiologique nécessaire.

Il enjamba ses compagnons et atteignit l’embrasure de la porte constituée d’un simple rideau de toile pourpre. Doucement, il se faufila dehors. La maison dominait l’espace maritime. L’air marin, déjà chaud, l’accueillit et lui fouetta le visage. La côte morne, d’un jaune aride l’encerclait. Pas de verdure, seulement de la poussière et des montagnes asséchées qui se jetaient depuis toujours dans une mer d’un bleu insolent. Nazir n’avait connu que ces côtes où rien ne poussait, où la vie était rude et la chaleur accablante.

Extraits, Dans la tête des pirates, Guillaume Décot, chapitre 4

 

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Extrait – lancement du livre !

« Pour celui dont le regard a déjà embrassé la rade de Brest, le goulet représente une porte vers l’ailleurs. Une évasion. Cette faible étendue d’eau, sévèrement gardée par les falaises abruptes de la presqu’ile de Crozon au sud, s’ouvre délicatement sur la mer d’Iroise avant de venir se confondre avec le grand large. Le passage obligé pour le départ. La mer était calme, quasi déserte. Quelques rares pêcheurs relevaient mécaniquement leurs filets sur leurs embarcations défraichies par le sel et le vent. Un monocoque hissait sa grande voile blanche, on pouvait presque distinguer le cliquetis franc de la drisse contre le mât pour tendre la toile.

Le navire émettait de mornes coups de corne de brume pour signaler sa manœuvre. Ces ânonnements fendaient le calme matinal de la rade. Ils étaient telle la sonnerie d’appel au théâtre, celle qui enjoint de regagner sa place. Passer le goulet de Brest était un lever de rideau. Le début du spectacle. »

Dans la tête des pirates, Guillaume Décot, chapitre 2, page 17

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