Nazir se redressa péniblement. Ses articulations lui faisaient mal. Il touchait d’une main hésitante sa peau capitonnée par ce terrain hostile. Une fois encore, il avait passé la nuit sur une simple natte tressée. (…)

Les litières étaient disposées les unes contre les autres. À l’inconfort du sol s’ajoutait le reste. Tout ce que pouvait amener une vie en communauté dans cette épaisse promiscuité. L’air était poisseux, chargé des effluves nocturnes de ces hommes mélangés à la chaleur déjà matinale de l’atmosphère. Nazir avait besoin d’air. Il commençait à suffoquer dans cette atmosphère saturée. Les premiers rayons du soleil pénétraient déjà franchement par la maigre ouverture faite sommairement dans le mur de la maison. Il se redressa, enfilant ses sandales de cuir, prenant soin de ne pas bousculer ceux qui dormaient encore. Lui avait dormi tout habillé, non pas pour avoir chaud ; la chaleur de tous ces corps alentour suffisait, mais par habitude. La nuit n’était pas un rituel ici, pas un moment que l’on sacralisait, où l’on se couchait propre dans un lit de soie et si on était chanceux au côté de quelqu’un qu’on aimait. Ici, ce n’était qu’une coupure obscure pour assouvir un besoin physiologique nécessaire.

Il enjamba ses compagnons et atteignit l’embrasure de la porte constituée d’un simple rideau de toile pourpre. Doucement, il se faufila dehors. La maison dominait l’espace maritime. L’air marin, déjà chaud, l’accueillit et lui fouetta le visage. La côte morne, d’un jaune aride l’encerclait. Pas de verdure, seulement de la poussière et des montagnes asséchées qui se jetaient depuis toujours dans une mer d’un bleu insolent. Nazir n’avait connu que ces côtes où rien ne poussait, où la vie était rude et la chaleur accablante.

Extraits, Dans la tête des pirates, Guillaume Décot, chapitre 4

 

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