« Pour celui dont le regard a déjà embrassé la rade de Brest, le goulet représente une porte vers l’ailleurs. Une évasion. Cette faible étendue d’eau, sévèrement gardée par les falaises abruptes de la presqu’ile de Crozon au sud, s’ouvre délicatement sur la mer d’Iroise avant de venir se confondre avec le grand large. Le passage obligé pour le départ. La mer était calme, quasi déserte. Quelques rares pêcheurs relevaient mécaniquement leurs filets sur leurs embarcations défraichies par le sel et le vent. Un monocoque hissait sa grande voile blanche, on pouvait presque distinguer le cliquetis franc de la drisse contre le mât pour tendre la toile.

Le navire émettait de mornes coups de corne de brume pour signaler sa manœuvre. Ces ânonnements fendaient le calme matinal de la rade. Ils étaient telle la sonnerie d’appel au théâtre, celle qui enjoint de regagner sa place. Passer le goulet de Brest était un lever de rideau. Le début du spectacle. »

Dans la tête des pirates, Guillaume Décot, chapitre 2, page 17

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